lundi 9 août 2010

Choquequirao Trek, i.e Mont Chocapic pour les intimes

Après une très rapide convalescence de mon côte, nous partions donc, Céleste, 2 autres françaises (que nous rencontrions pour la première fois dans le mini van le samedi matin) et moi, pour un trek de 4 jours dans les Andes...

Nous avions lu et entendu beaucoup de choses sur le Choquequirao. La plus part le décrivant comme un endroit magnifique mais très difficile d'accès, seulement réservé aux très bons trekeurs. Nous ne savions pas ce que très bon trekeur voulait dire, mais pour nous donner du courage nous nous répétions "On est jeune, on peut le faire". On se disait aussi qu'aillant monté les mille et quelques marches a pic pour accéder a la montagne du Machu Pichu, marcher pendant quelques heures en montée ne pouvait pas être si difficile après tout....

J'ai un seul mot a dire: ERREUR!

Nous décidions d'immortaliser notre arrivée au village de départ par une photo "pre-trek", histoire d'avoir un point de comparaison lorsque nous rentrerions. Fraîches et en grande forme, nous avons effectivement l'air très conquérantes sur cette photo...

Les muletiers et le cuisiner qui nous accompagnaient prirent soin de nos sacs et nous partîmes donc avec le minimum sur le dos, munies de nos bâtons de marche, de nos chaussures de trekeuses et de notre moral d'acier...

Enfin ce fut de courte durée, car très vite nous nous rendîmes compte de l'ampleur de la tache... Après avoir marché pendant 4 heures sur un chemin plus ou moins plat (parfois clairement pentu), que notre guide s'acharnait a appeler "descente", nous commencions sérieusement a nous demander a quoi ressemblerait la montée, si ÇA, c'était la "descente"...
Et d'ailleurs nous le découvrimes très rapidement, lorsque arrivées au sommet d'un promontoire, nous entamions la descente a pic d'une montagne, qui allait durer pendant 2 bonnes heures...
 Nous fîmes donc rapidement le calcul que 2 bonnes heures de descente raide raide raide = 4 (voir 5) bonnes heures de montée raide, raide, raide, encore plus raide, puisque nous devions revenir sur nos pas au retour...
La clairement, on en menait pas large, et notre moral descendit encore de quelques degrés lorsqu'on croisa un groupe d'italiens, eux sur le chemin du retour.... Ils n'avaient vraiment, mais alors vraiment pas l'air frais les italiens! Tous rouges et transpirants, complètement a bout de souffle, tenant a peine sur leur jambes, s'accrochant a leurs bâtons comme a un ultime secours, et surtout, nous regardant avec des yeux pleins de quelque chose qui voulait dire: " Vous ne savez vraiment, mais alors VRAIMENT pas ce qui vous attend les amis!".
Le coup de grâce fut porté par une attaque surprise de moustiques très agressifs, a peine visibles a l'oeil mais laissant des traces énormes de leur passage.
 Je me dois de dédier les lignes qui suivent a ma soeur, et au précieux anti-moustique surpuissant qu'elle m'avait confié avant de partir, qui bien qu'il ait dissout le plastique de ma montre swatch, fut mon meilleur ami tout au long de ce trek. MERCI CELINE!

Résultat, Lea: 0 piqûres en 4 jours - Céleste, Lauriane et Margot: ... moins joli a voir...

Le premier jour fut une telle surprise que nous regardions a peine le paysage, qui malgré tout commençais déjà a laisser présager de la beauté de ce qui nous attendais au bout de la route. Nous étions surtout concentrées sur la journée du lendemain, qui promettait d'être la plus difficile...

Après une très mauvaise nuit passée sous la tente ou Céleste et moi ne trouvions pas le sommeil, nous fûmes réveillées par l'apprenti cuisinier a 4h du matin pour le petit déjeuner qu'on avala sans rien dire a la lueur des lampes de poche, chacune pensant a ce qui l'attendait sur le chemin...
A 5h nous étions sur la route, et après être descendues pendant 40 minutes environ jusqu'au lit de la rivière, au fond du fond du canyon, nous la traversâmes et nous nous retrouvâmes au pied d'une énorme montagne, sur un chemin de terre suffisamment large pour se tenir a deux de front, jalonné de pierres et, plus important, montant de façon sinueuse et TRÈS inclinée sur le flanc de la montagne... Bien sur on ne pouvait distinguer que la fin d'une ligne droite avant que le chemin ne bifurque complètement sur lui même pour entamer une nouvelle ligne droite, et ainsi de suite jusqu'au sommet.... La végétation étant assez riche sur ce versant, nous ne pouvions absolument pas distinguer la fin de ces zigzags. Seulement de temps en temps on voyait apparaître un bout de chemin au dessus de nos tètes (quand on était pas trop occupées a regarder nos pieds), toujours trop loin et toujours trop haut.

L'ascension commença d'abord assez rapidement pour moi, puis ralentit considérablement lorsqu'après 20 minutes de montée je me trouvais complètement a bout de souffle, n'arrivant pas a trouver le rythme, et ne comprenant pas comment tout le monde faisait pour me dépasser. Et par tout le monde, je veux surtout dire Céleste et Lauriane, qui traçaient leur chemin au moins deux boucles au dessus de moi... Je ne sais pas si le fait de toujours être sous antibiotiques a eu une quelconque influence, mais l'expression tant aimée de Céleste prit tout son sens pour moi ce jour la, sur cette montagne: j'étais AU BOUT DE MA LIFE!!
Après 2 heures d'ascension ou je refusais catégoriquement de regarder ma montre, je demandais finalement a notre guide combien de temps il restait avant le sommet de la montagne. Il prit un petit air dégagé en me disant " mas o meno 1 ora": Plus ou moins une heure... Ça faisait beaucoup de montagne ça, encore...
Il me proposa de monter sur la "mula de emergenzia", la bourrique de secours, mais mon ego eut un sursaut et avant même que j'ai le temps d'y réfléchir, je disais non...

Un "Non" qui me valut une belle boule dans la gorge lorsque nos muletiers, suivi de leurs 2 mules chargées et de notre "mula de emergenzia", me dépassèrent EN COURANT, EN SANDALES, EN MONTÉE, tout en étant partis 1h après nous du campement de la veille..
10 minutes plus tard, notre cuisinier, chargé de 8kilos de casseroles et de nourriture sur le dos, me dépassait aussi, souriant de toutes ses gencives édentées, lui aussi en courant, lui aussi en sandales, me glissant quelques mots d'encouragement au passage (enfin je crois que c'était des encouragements, car nous avions un peu de mal a comprendre son élocution d'Indianito-Quechua-des-montagnes-édenté)...
Je dus me concentrer très fort pour ne pas pleurer a ce moment la, et cherchant une source d'encouragement, je me tournais vers mon guide (qui lui avait eu la bonne intuition de ne pas tenter le dépassement) et lui demandais combien de temps il restait, encore. Mauvaise idée. A l'annonce des 50 minutes restantes, je jetais mon sac a terre et je vidais ma réserve de cookies.

Reboostée (un peu) par la décharge de sucre, je finissais cette montée de l'horreur, et étais très contente de retrouver les autres au sommet, certes reposées car arrivées un quart d'heure avant moi, mais ayant tout autant souffert dans la dernière partie de leur ascension.. Je n'étais donc pas la seule.. (et oui, on se raccroche a ce qu'on peut!)

Nous primes la route du second campement ou nous arrivions 1h30 plus tard, par un chemin en montée et descente. Absolument épuisées, nous nous écroulions toutes sur l'herbe, comptant nos ampoules et piqûres de moustiques (toujours au nombre de 0 pour moi...), en attendant que le déjeuner soit pret, ce qu'il fut assez rapidement.


Je dois dire que notre cuisinier a été une vrai perle, et probablement la personnalité la plus importante de ce trek. Nous vivions pour les repas. Nous marchions pour les repas. Nous respirions pour les repas. Enfin bien sur pour le Choquequirao aussi, ultimement... Mais sur le moment, surtout pour les repas! Et il ne nous déçut pas une seule seconde, nous préparant toujours des petites merveilles culinaires (même une patate vapeur aurait été merveilleuse vu la faim que nous avions systématiquement après avoir marché), nous faisant même sauter des pop corns pour le goûter! Nous n'avons toujours pas au jour d'aujourd'hui pu élucider le mystère de son prénom ( Alberto ou Juan alternativement, ou les deux, prononcez "rruuhalberto" s'il vous plaît...).


Après avoir fait une siesta péruvienne au soleil, nous partions pour l'exploration du site lui même, situé juste au dessus de notre campement, a une heure de marche (en montée, bien sur). Lorsque nous arrivames la haut, une surprise assez magique nous attendait... Personne a l'horizon. Juste nous, les condors, les ruines du Choquequirao, et un panorama a vous couper le souffle. Pouvoir se tenir au sommet de cette citadelle Inca avec la vallée s'étendant a nos pieds et le soleil se couchant sur les montagnes valait bien tous les efforts fournis jusque la. Et nous ressentions d'autant plus le privilège de faire partie du peu de personnes qui avaient fait le chemin jusqu'ici, comparativement au Machu Pichu, complètement envahi de touristes piétinant, criant, râlant, flashant leurs appareils a tout va, et n'appréciant jamais tout a fait la beauté de l'endroit...


Être arrivé jusque la était une chose. Mais nous devions repartir. Et cette fois ci, pas de Choquequirao au bout pour motiver la marche. Nous visualisions donc, toute la journée du lendemain lorsque nous redescendions notre montagne, une douche, chaude et propre, du savon, une vraie couverture dans un vrai lit avec un vrai matelas... Enfin bref, toutes ces petites choses qui nous manquaient tant de la civilisation. La descente d'1h40 fit mal, plutôt très mal aux jambes, et le petit bout de remonté d'une heure sur l'autre rive, en plein soleil de midi, fut encore plus éprouvant. Nous arrivions au 3e campement épuisées, sales, transpirantes, ne rêvant que d'une chose: Une douche.
Ce que certaines eurent le courage de prendre, au milieu des poules, de la boue, des moustiques, et des péruviens pervers qui se rinçaient l'oeil des que la toile censée matérialiser la douche se levait sous l'effet du vent...


Après dîner, notre guide insista pour que nous fassions l'expérience d'un rituel pour Pachamama, la mère nature. Nous nous réunîmes donc au sommet d'un petit promontoire, et avec notre guide qui semblait être entré dans une sorte de transe, nous avons remercié les montagnes pour ce trek que nous venions d'effectuer. Céleste, Margot, Lauriane et moi luttions pour retenir un fou rire qui avait commencé quelques heures plus tôt, mais nous eûmes beaucoup de mal lorsqu'il commença a réciter des incantations en Quechua et nous demanda de souffler sur nos feuilles de maté avant de les enterrer dans un petit trou fait dans la terre, auquel il sembla parler pendant d'interminables secondes...

Après ce moment hautement spirituel, nous regagnions nos tentes pour une très courte nuit. Nous étions debout a 3h du matin, pour attaquer la dernière partie de notre ascension vers notre point d'arrivée. Et ce fut dur. Très dur. Mais, énergie du désespoir aidant, nous avancions bizarrement beaucoup plus vite que nous n'avions jamais avancé. Et lorsque nous franchîmes la dernière cime, le dernier zig avant le zag final, nous trouvâmes quand même la force de faire une petite danse de joie!
Il restait quand même 2heures de marche avant de regagner le village, qu'on rejoignit finalement sur les coups de 10h30, pour la photo finale, "Post-Trek"... Comme on pouvait s'y attendre, plus aucune de nous ne tenait debout, et clairement plus aucune de nous n'avait fière allure. On avait juste toutes l'air, encore une fois, au bout de notre life!

Enfin après un retour en bus a Cusco de plusieurs heures, nous retrouvions notre hostel, notre lit, notre douche, qui fut longue, et chaude, et savonneuse! Et le soir nous nous retrouvions toutes les 4 pour savourer notre victoire autour du plus gros burger que je n'ai jamais mangé. Pure Bonheur!

Je ne pense pas que si on m'avait fait la description exacte de ce trek je ne me serais jamais sentie capable de le faire, ni n'en aurais-je eu envie probablement... Mais grâce a ces pulsions un peu masochistes que Céleste a parfois, et a mon ignorance, j'ai pu admirer une des plus belles vues qui m'ait jamais été donnée a voir, et surtout j'ai pu apprécier tout le pouvoir du mental sur le physique, lorsque clairement mes jambes disaient "merde"  et que ma tête disait "avance!". Mont Chocapic, tu m'auras appris une belle leçon sur moi même...

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